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Deux nouveaux cours

16 Nov

Comment ? Je ne vous ai pas encore parlé de mes deux nouveaux cours ? Mille excuses, mais le temps passe et voilà que je ne tiens pas mes engagements.

Laissez-moi vous présenter Sheryl Hilliard Tucker, qui est en charge d’ Introduction to Magazine Publishing. Ce cours obligatoire en première année donne aux élèves une vision globale de l’industrie du magazine. NYU offre en effet des spécialités en édition de livres comme de magazines. Lors du premier cours, Sheryl Hilliard Tucker ne se livre pas au traditionnel résumé de son parcours : elle préfère qu’on lui pose des questions. Entre celles idiotes de certaines étudiantes (« Quel est le plus beau livre que vous ayiez jamais lu ? Et le pire ? », « Quel est votre magazine préféré ? »), on apprend quand même qu’elle est titulaire d’un diplôme en journalisme de Colombia, qu’elle a été Vice-Présidente de Black Enterprise, puis qu’elle est notamment passée par Money et Health Magazine avant de devenir Executive Editor chez Time, Inc ou elle gérait plus de 150 magazines à travers le monde. Maintenant, ce qu’elle préfère de son métier, c’est qu’elle ne travaille plus : elle réfléchit à son avenir. Elle parle de sa passion pour les magazines, de sa crainte pour l’avenir, d’Oprah Winfrey (encore !), de Cosmo -magazine qui a le plus d’éditions dans le monde et dont l’équipe éditoriale est la plus sérieuse qui existe selon elle (« Vous pouvez être surs que chaque info donnée a été vérifiée maintes et maintes fois et que les témoignages sont tous vrais ». Je suis sure qu’il n’y a pas que moi que cela va surprendre !)
Pour la fin du semestre, nous sommes chargés d’inventer un magazine par groupe de quatre.  Mon groupe présentera une version américaine de Books, brillant magazine que je vous invite à feuilleter et qui, tel un Courrier International pour les livres, est une compilation des meilleurs articles parus dans le monde sur les livres qui permettent de comprendre le monde. Rien que ça. Dès les premières réunions, les débats sont rudes sur la dimension « intello » du magazine qui fait peur à deux de mes camarades. Une des membres du groupe propose d’adapter Books au marché américain en en faisant un « life style magazine for book lovers »… ça promet d’être intéressant !

Alexis Mersel est une femme en fait. Elle aussi vient du monde du magazine, mais en ligne, et nous enseigne Web Editing and Writing. Elle plaisante en nous présentant les compagnies pour lesquelles elle a travaillé : elles ont toutes fermées. « Ce n’est pas ma faute ! », jure-t-elle. Actuellement VP Editorial Director, Digital chez Scripps Networks International, elle a surtout travaillé pour des magazines de mode et de cuisine. Elle a aussi été la conseillère média de la célèbre Martha Stewart, la Winfrey de la cuisine.
Ce cours doit nous apprendre à écrire pour le web et à mettre en valeur notre contenu. Comment écrire un titre ? Où placer ses liens ? Que dire dans le chapo ? Comment faire venir les lecteurs et comment s’assurer qu’ils restent sur notre site ? Tout est une question de formulation et de marketing : il faut vendre son contenu comme on vend n’importe quoi d’autre. Ainsi, elle privilégie les formulations simples et rapides à lire, et qu’importe si on se répète (« N’hésitez pas à réutiliser des titres qui ont bien marché : sur le web, personne ne se souviendra de vos répétitions ! »). Par exemple, voici une formule magique –mais dont il ne faut pas abuser : chiffre+ adjectif+ nom. Ce qui donne “15 wonderful cocktails recipes”, “100 great trips”. Attention, il faut bien choisir le chiffre: “Une maman pressée ne veut pas 150 recettes à faire à la dernière minute, elle en veut 2. Par contre, pour Thanksgiving, elle veut avoir le choix alors là, vous lui en offrez le plus possible ! ». Du coup, on repart tous avec notre exemplaire de Food Network Magazine qui titre « 122 recettes pour les fêtes ! ». Il ne me reste plus qu’à les essayer avant mon retour en France, prévu dans 62 jours…

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Bienvenue chez TONY

4 Oct

J’avais très envie d’aller visiter les locaux de Time Out NY et de rencontrer les gens qui y travaillent, mais il faut quand même beaucoup de motivation en ce jour de pluie pour s’aventurer jusqu’à la dixième avenue, large artère où les voitures passent à toute vitesse et où les piétons sont rares.

Porte ouverte
C’est d’ailleurs en nous parlant de cette adresse excentrée que Michael Freidson, le rédacteur en chef, nous accueille : « Au début, les locaux étaient en plein Soho, au cœur de la vie culturelle. Mais l’équipe a grandi et les loyers ont augmenté : il y a six ans, on est venu au milieu de nulle part, ce qui est bizarre quand on parle de ce qui fait vibrer la ville… ». Michael Freidson n’aime pas le quartier, mais ce n’est pas grave car il adore son boulot.

Le rédacteur en chef de la branche new-yorkaise du célèbre magazine fondé à Londres en 1968 par Tony Elliot nous fait visiter les bureaux en souriant. On rencontre notamment les responsables du développement web : chargés d’alimenter et de développer le site au quotidien, ils sont installés au cœur de l’open space, « ce qui montre l’importance que le web a pris dans la construction de notre offre », précise Freidson. Puis direction son bureau où une immense vitre donne à voir la ville, toujours pressée et occupée, qu’il essaye de capturer dans son magazine. Pourtant il parle de sa porte : « Elle est toujours ouverte à la créativité. Je veux que mes collaborateurs se sentent en confiance et n’hésitent pas à venir me présenter leurs idées. On a besoin d’idées. » C’est lors d’un de ces fréquents brainstorming, « en pleine récession », qu’il a été décidé de mettre en avant les évènements gratuits. L’ initiative leur a attiré beaucoup de nouveaux lecteurs.

Internet et les copains
Dans la salle de conférence, on lui demande de définir son magazine et le lectorat visé. Il répond avec une formule qu’il sait efficace : « On est à la fois un service public et un bon pote, celui qui te tire de ton canapé un vendredi soir pluvieux et te montre tout ce qu’il y a à faire à NYC. […] Notre cible, c’est ceux qui ont entre 21 et 34 ans, au moins dans leur tête. » Et quand on parle de Facebook, de Foursquare et d’internet, il est rapide : « Facebook est le premier moyen par lequel les gens entendent parler d’une soirée, d’une expo ou d’un article. Ça a remplacé le bouche à oreille. Mais maintenant que tout le monde est présent sur les réseaux sociaux, il s’agit d’être plus visible que la concurrence. » La stratégie de TONY est simple : des mots et des photos. « Les mots, c’est l’outil le plus efficace qui existe pour diffuser une information. On essaye d’utiliser des mots qui décrivent succinctement ce dont on parle plutôt que des dizaines d’adjectifs comme ‘‘cool’’, ‘‘super’’… » Quand à l’iPad et à toutes les liseuses qui apparaissent et augmentent le déplacement des magazines papier vers internet ? Il garde son assurance. D’abord parce que selon lui, il ne s’agit que d’une question de support : il y aura toujours besoin de contenu. De plus, le principe de Time Out s’adapte parfaitement à internet et se construit de plus en plus pour le numérique : « Tant qu’on saura sélectionner la bonne information pour nos lecteurs, ça ira ». Cependant, il estime avoir encore un peu de temps : « Pour l’instant, les jeunes n’achètent pas d’iPad, c’est trop cher. Mais bientôt, vous en aurez tous un».

« L’humour : c’est rapide et facile, et ça marche à tous les coups. »
Après cette prophétie, Adam Fulrath, le directeur artistique, vient nous parler des couvertures de TONY. Il énumère les règles qu’il s’impose. Tout d’abord, l’image, s’il y en une, doit provoquer une forte réaction. Le titre doit montrer que le magazine ne se contente pas de raconter mais qu’il offre quelque chose (une solution, un point de vue…). Selon lui, le « gai » vend mieux que le « triste », alors il faut rester positif… Et le titre ne doit pas être vague, mais concis et précis. La plupart du contenu du magazine doit être annoncé sur la couverture mais celle-ci doit encore être lisible et compréhensible à 1,5 mètre de distance. Dernière règle: « Utilisez l’humour : c’est rapide et facile, et ça marche à tous les coups. »

Nous essayions donc d’être drôles quand, répartis en groupes, nous sommes chargés d’imaginer une proposition pour la prochaine couverture. La une est consacrée aux secrets (honteux) que des centaines de new-yorkais ont bien voulu confier aux journalistes de TONY…

En attendant de savoir si une de nos idées a été retenue, vous pouvez aller lire le récit en anglais de cette visite sur le blog du master. En prime, vous y verrez des photos de la rencontre. Enfin, un dernier petit plaisir avant de vous quitter: allez lire un texte de Sophie Harris, journaliste à la rubrique musique, qui raconte comment elle s’est débrouillée pour arriver à NYC et décrit pourquoi elle aime cette ville. On parie combien que vous aurez envie d’emménager ici après ?

[UPDATE] Découvrez la couverture choisie par l’équipe de TONY et le groupe qui en a eu l’idée ! Cliquez ici.