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Revue de presse #3

21 Nov

La semaine dernière, les deux livres les plus importants de l’automne ont été mis en vente le même jour. Très différents, ils promettaient d’attirer une foule importante dans les librairies.

The Diary of A Wimpy Kid: The Ugly Truth est un livre Abrams -la maison où je travaille actuellement au service des droits étrangers. Ecrit par Jeff Kinney, il s’agit du cinquième volume d’une série qui rencontre un succès phénoménal et s’est classée en tête des ventes du New York Times, avant d’être adaptée au cinéma. Si l’auteur explique sur CNN qu’il a écrit le premier volume pour les adultes, il a été publié dans une collection jeunesse et la promotion dirigée vers les jeunes garçons : résultat, ce livre a réussi a touché un large public, s’érigeant en exemple  des « crossover books ». Les équipes d’Abrams étaient sur le pied de guerre depuis des mois. Ces dernières semaines, les réunions marketing se succédaient pour préparer l’arrivée du livre le plus important de l’année : une tournée a été organisée avec un bus peint aux couleurs de la couverture, des façades de librairies ont été spécialement redécorées et des centaines de copies d’avance avaient été distribuées pour créer le buzz. Outre la location d’un écran à Times Square, Greg, le héros de l’ouvrage, aura aussi son ballon lors du fameux défilé de Thanksgiving, organisé par Macy’s. Vingt personnes d’Abrams -dont Michael Jacobs, le Président- tiendront le ballon le long du défilé ! Imprimé à 5 millions d’exemplaires, le livre s’est immédiatement installé en tête des ventes, et dans les bureaux, le violet était de sortie ! Il faut dire que cette seule série rapporte beaucoup à la maison et permet d’en financer d’autres projets plus risqués… Traduit dans plus de vingt langues, Le Journal d’un Dégonflé est publié en France par le Seuil (qui, comme Abrams, fait partie du groupe La Martinière) mais n’a pas rencontré un succès comparable.

Dans un tout autre genre, les libraires ont aussi accueilli Decision Points de George W. Bush. Une de nos intervenantes de Random House nous a confié que les ventes du premier jour étaient exactement égales à la moitié des ventes du livre de Bill Clinton, conformément aux prévisions de la maison. Entré directement à la première place des meilleures ventes de non fiction, Decision Points s’est vendu, en une semaine, à 775 000 exemplaires (EBooks inclus) et une première réimpression vient d’être lancée. Après avoir feuilleter l’ouvrage (et lu quelques magnifiques passages sur les méchants terroristes, les enfants aux visages innocents et son rapport à l’alcool), je retiens surtout le génie marketing de la jaquette qui présente les deux Bush que l’Amérique aime : Bush-Président marchant devant la Maison Blanche, dossier sous le bras et regard énigmatique, sur la couverture et Bush-sympa-le gars-du-Texas nous accueillant chez lui en tenu de cowboy, une tasse de thé à la main, souriant, au dos du livre. En France, c’est Plon qui a acheté les droits et si la photo de couverture est plus sobre, la présence du chien du Président fait quand même sourire.

Autre nouvelle importante de ces derniers jours : le New York Times a annoncé qu’il publierait les listes des meilleures ventes d’Ebooks pour la fiction et la non fiction. Jusqu’à présent, les listes publiées dans les pages du journal ne prenaient pas en compte les ventes de livres numériques qui peuvent pourtant constituer jusqu’à 40% des ventes. Petite info en passant, ce sont les livres à l’eau de rose qui se vendent le mieux en numérique, ce sur quoi personne n’aurait parié. Toute la profession a donc accueilli cette nouvelle avec soulagement. Bien qu’ils n’incluent pas toutes les librairies du pays, les classements du New York Times font toujours référence et sont très suivis par les lecteurs (les consommateurs, pardon).

Ces deux livres sont le bras, je rentre chez moi à Brooklyn, l’endroit où il fait bon faire de l’édition apparemment : le New York Times a consacré un article aux agent littéraires qui fuient les loyers trop chers de Manhattan pour se retrouver de l’autre côté du pont. Comme Saint-Germain-des-Prés en son temps, Chelsea se vide peu à peu sa vie littéraire qui se reconstitue un nouveau centre à Brooklyn où sont déjà installés des maisons, librairies et auteurs célèbres. Il n’y a pas de quoi se plaindre : la vue est quand même bien plus belle d’ici.

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Prépare les pop-corn, je choisis un livre !

22 Oct

Connaissez-vous Gary Shteyngart ? Auteur d’un des Best Sellers du moment, Super Sad True Love Story, il a crée un véritable buzz suite au book trailer de son roman que l’on nous a présenté comme un modèle du genre.

Un book trailer, pourquoi ?
Les book trailer se sont multipliés à partir de 2006 et donnent lieu à un large débat. Appliquer aux livres les méthodes de promotion des films pose en effet une question fondamentale : comment traduire en images ce qui n’en a pas ? En effet, ce ne sont pas les livres illustrés qui furent les premiers à bénéficier d’une telle promotion mais les romans. Or comment adapter ceux-ci au rythme imposé par la bande-annonce, format qui doit susciter l’émotion, tout au moins la curiosité du spectateur en quelques secondes ? De plus, comment en mesurer l’impact sur les ventes ?
Ce sont ces mêmes questions que se pose Ruth Liebmann, de la direction du marketing de Random House : »Les book trailer sont de plus en plus fréquents, presque un livre sur trois« . Mais ce format n’est pas fait pour tous les livres, encore moins pour tous les auteurs : « Après le buzz de Gary Shteyngart, tous les auteurs ont appelé pour faire la même chose. Le problème, c’est que beaucoup d’entre eux ne sont pas des rigolos, et c’est difficile de leur faire comprendre« .
Pour l’instant l’usage est encore restreint mais la concurrence est telle que tous les moyens sont bons pour faire parler d’un livre. Puisque « les critiques dans la presse ne font plus vendre, il faut faire du buzz« . De plus, le trailer permet de toucher un nouveau public (les jeunes, mais pas seulement) à travers un format que la plupart connaissent et qu’ils ont l’habitude de diffuser.
Mais la pratique du book trailer a aussi fait un bond quand Amazon.com les a intégré à ses pages produit: « Désormais, si votre livre n’a pas de trailer, vous avez un blanc sur la page, et ce n’est jamais bon sur Amazon : cela donne l’impression que le livre est moins soutenu par la maison d’édition, donc moins important« , nous explique-t-on.

Impacts et limites
Pour l’instant, la plupart de ces vidéos sont réalisées en interne par les plus jeunes des équipes marketing ou numériques, comme chez Abrams, et ne sont pas très chères, mais certaines maisons commencent à confier ce travail à des sociétés spécialisées. Cette pratique n’est pas encore entrée dans les mœurs et nombreux sont les directeurs des ventes (les plus âgés, il est vrai) qui regardent d’un œil suspect ces vidéos présentées en réunion. On peut en effet douter de leur impact quand on regarde les chiffres de certaines sur youtube. De plus, on ne peut que regretter que la promotion de livres se fasse par des images. Est-ce que bientôt on s’enverra des liens vers des vidéos youtube en disant simplement « Lis-ça » ? C’est en tous les cas, le pari que font certains sites internet qui regroupent des book trailer.

Avant de partir, voici la (ridicule?) bande-annonce de Pride and Préjudice and Zombies dont je vous parlais précédemment: