Auteur : Tweet ou meurs.

4 Déc

Imaginons que vous soyez Américain et que vous vouliez publier un roman ou un essai. Vous allez voir un agent pour lui demander son avis sur votre travail en espérant qu’il acceptera de vous représenter. Mais avant de vous écouter et de vous lire, savez-vous ce qu’il voudra savoir ? Le nombre de followers que vous avez sur Twitter.

L’importance de la plateforme
La présence sur Twitter fait partie de ce que les éditeurs appellent la plateforme d’un auteur. Devenue fondamentale, la plateforme est à la fois le réseau de l’auteur et la sphère dans laquelle il s’exprime. C’est l’outil et l’indice de sa notoriété. Pour se faire connaître et être suivi, écouté, lu, recommandé, un auteur a plusieurs moyens dont les principaux sont: un site internet à son nom, les publications dans lesquelles il écrit, les émissions où il intervient, son compte Facebook et bien sur Twitter. L’évaluation de la puissance de cette plateforme est un des facteurs d’acquisition des ouvrages: si un auteur n’a pas de plateforme suffisante pour être utilisée pour la publicité de son ouvrage, il a moins de chance de signer un contrat. Avant de soumettre un ouvrage, constituez-vous un réseau. Peut-être devriez-vous même vous y mettre avant d’écrire…

Comment les éditeurs l’utilisent
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Tout d’abord, l’augmentation constante du nombre d’ouvrages publiés par an, et donc de nouveaux auteurs, rend leur distinction de plus en plus difficile. Comment faire en sorte que son auteur soit repéré, comment prouver qu’il fait autorité sur le sujet qu’il aborde quand des dizaines d’ouvrages sur le même sujet sont publiés chaque année ? A cela s’ajoute la démocratisation de l’accès à la publication rendue possible avec l’auto-publication: chacun peut très facilement publier un ouvrage, le promouvoir sur Twitter et le vendre sur Amazon. Alors, comment faire la différence entre Monsieur Tout le Monde et Monsieur Spécialiste ? En s’assurant que ce dernier est déjà (re)connu. Cela facilite aussi le travail des attachés de presse, qui, surchargés de travail, se reposent de plus en plus sur l’auteur pour faire la promo de son livre. Il faut qu’il ait des relations, des idées et des moyens de les réaliser et d’atteindre ses lecteurs. Il est souvent demandé à l’auteur de créer un profil spécifique à son livre ou à un de ses personnages et de l’alimenter lui-même. Mais l’auteur doit avoir autre chose à offrir. Brenda Copeland admet qu’elle a déjà renoncé à publier un roman car l’auteur « ne savait pas se vendre, n’avait pas de réseaux et pas de moyen d’en créer un ». Cette plateforme est si importante qu’il n’est pas rare que le nombre de followers de l’auteur sur Twitter soit inscrit sur tous les documents commerciaux, comme les argumentaires destinés aux libraires.

Les règles de vie des auteurs sur Twiter
Mais encore faut-il bien se servir de ces réseaux sociaux. Sur internet, vous trouverez de nombreux conseils ainsi que des listes d’auteurs clefs à suivre. Car la première façon de se construire un réseau est de suivre les bonnes personnes. Julie Klam, auteur de deux ouvrages dont le second, You Had me at Hoof, est devenu un New York Times Best Seller nous explique quelle a été sa stratégie: « J’avais déjà écrit une première autobiographie, mais je voulais écrire un ouvrage sur mon chien [les dogs books sont une tendance très surprenante et très forte aux USA dont je vous parlerai bientôt]. Sur les conseils de mon éditeur, j’ai commencé par suivre sur Twitter les gens qui avaient écrits des livres sur des chiens. Je les ai fait parler d’eux. Peu à peu, j’ai parlé de mon projet. Ainsi, avant même la sortie du livre, j’étais reconnue comme une dog person. » Ensuite, il s’agit d’utiliser Twitter pour faire la publicité de son ouvrage et atteindre ses lecteurs. Comme Brenda Copeland, elle insiste: « Le plus important sur Twitter est de ne pas attendre d’avoir besoin des gens pour leur parler. Il faut savoir écouter aussi ». C’est aussi l’avis de Jason Pinter, auteur et agent, qui a récemment publié sur son blog les  Dix Commandements de l’utilisation des réseaux sociaux par les auteurs qui a été accueilli par une approbation massive.
Essaye-t-il de convaincre les derniers réticents en fermant son article sur la dimension jouissive des réseaux sociaux ? Tout ceci est amusant, selon lui. Pourtant c’est aussi un travail, et pour lequel l’auteur n’est pas rémunéré. Mais comme nous avait dit Ruth Liebmann:  « Tout le monde doit être sur Twitter : les auteurs, mais aussi les éditeurs pour savoir ce qui se passe, de quoi parle les gens et repérer leurs futurs auteurs ». Oui, parce qu’il y a aussi des livres fait uniquement a partir de tweets. Et de conclure : « On ne vous demande pas de passer votre vie sur Twitter, mais ce n’est pas parce que vous ne voulez pas vous mariez avec que vous ne pouvez pas aller dans son lit ».

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