Vous avez un nouveau message

28 Fév

Avant tout, il convient de s’excuser de ne pas avoir publié ce billet plus tôt. Le semestre américain étant fini, j’ai en effet dû rentrer en France. J’aurais pu essayer de m’accrocher à la statue de la Liberté ou de camper dans une librairie, vous me direz…

De retour à Paris, je ne pouvais plus écrire sur mes « impressions d’édition à NYC ». Je m’intéresse toujours à l’édition américaine -comme à l’édition française et internationale. Sur Twitter, je continue de poster des articles et liens sur les sujets dont j’ai parlé ici… et bien plus encore ! N’hésitez pas à me suivre.

Pendant ce temps-là, je cherche la meilleure formule pour reprendre ce blog ou en lancer un nouveau afin de continuer à écrire sur ce qui m’intéresse et sur ce qui, visiblement, vous intéresse aussi. Ce sera sûrement sur l’édition internationale -mon dada, vous l’aurez compris. Je vous tiendrai au courant, of course, et si vous avez des idées, vous savez comment me les transmettre !

Merci de m’avoir lue pendant ce semestre et à très bientôt.

Revue de presse #4

1 Jan

Alors que l’année 2010 touche à sa fin, l’heure est au bilan : prix, meilleures ventes ou ratés… les palmarès s’affichent partout dans la presse.

La star de cette fin d’année, c’est Patti Smith. L’artiste a remporté le National Book Award dans la catégorie nonfiction pour son autobiographie, Just Kids. A noter que Barnes & Nobles, qui vendait l’ouvrage à -20% avant l’annonce du prix, le proposait dès le lendemain au prix de l’éditeur. L’ouvrage de Patti Smith a fait partie de la plupart des listes des meilleures ventes de l’année et elle était à la une de Publishers Weekly pour leur numéro « Best of 2010 ». Alors que son concert annuel était un des évènements les plus attendus de Décembre, elle a interviewé Johnny Deep pour le dernier numéro de Vanity Fair lors d’une rencontre au sommet photographiée par Annie Leibovitz. La vague Smith continuera sûrement en 2011 : de nombreux ouvrages la concernant commence à envahir les librairies et Abrams sortira en mars un recueil de photos prises par Judy Linn. L’ouvrage, qui sera aussi publié en Allemagne, comprend un texte de Patti Smith, ce qui devrait aider les ventes.

De cette année, on retiendra aussi la croissance des ventes de livres numériques et le succès de l’Ipad qui a définitivement confirmé le marché du numérique. Les professionnels ont salués l’arrivée de la tablette d’Apple car elle offre une alternative au Kindle d’Amazon, jusque-là en position de force et sans concurrence réelle. Noël 2010 a permis, comme prévu, de voir les ventes de tablettes et de livres numériques exploser. Random House a connu ses meilleures ventes de livres numériques le 24 et le 25 décembre 2010. De son côté, Amazon a annoncé que son Kindle 3° génération était le produit le plus vendu de toute l’histoire de la compagnie. Une annonce contestée par la profession qui se plaint du manque de transparence d’Amazon concernant ses ventes.

Mais la fin de l’année, c’est aussi des mauvaises nouvelles. L’heure est à l’émotion à New York où le célèbre Barnes & Noble du Lincoln Center ferme bientôt ses portes. Partie intégrante du décor et de la vie de l’Upper West Side, l’immense magasin était un des emblèmes de la chaine. Aujourd’hui, il symbolise les difficultés rencontrées par la compagnie qui doit faire des économies.

Nouvelle résolution pour Barnes & Nobles donc, dans un pays où le mois de janvier est le mois du « New Year/New Me » ! Dès le lendemain de Noël, les tables des librairies sont envahies par des dizaines d’ouvrages offrant la recette pour une vie meilleure, un régime miracle, une nouvelle garde robe ou les solutions pour payer moins d’impôts. Janvier est le mois le plus important pour les ventes de livres de régime, mais la concurrence est telle que seuls les auteurs confirmés ou ceux bénéficiant d’une couverture médias exceptionnelle ont accès à ces tables. Ainsi, la sortie de la traduction du célèbre Régime Dukan aura lieu en mai, deuxième période pour les livres du genre, afin d’obtimiser les chances de visibilité pour l’auteur.

La reine des résolutions est sans aucun doute Oprah Winfrey, à la tête d’un empire médiatique à travers lequel elle diffuse sa philosophie/slogan : « vivre sa meilleure vie » . Sa résolution 2011 ? Fonder sa propre chaine de télé, totalement organisée autour de sa personne et de ses valeurs. Le lancement de OWN (pour Oprah Winfrey Network) aura lieu le 1er janvier 2011 et bénéficie d’une campagne marketing des plus impressionnantes : spots de pubs à la télé, affiches sur les bus et les taxis, interviews, et bien sûr promotion sur ses propres médias (O magazine, The Oprah Winfrey Show…) etc. Ce nouveau défi (« mon bébé » , dit-elle) s’annonce comme un ultime test de son pouvoir et n’est pas gagné d’avance, selon le New York Times. Alors qu’elle arrête sa célèbre émission en avril, les éditeurs craignent que la place donnée aux livres soit limitée sur la nouvelle chaîne de la déesse des ventes. « Aujourd’hui, on se pose deux questions, nous explique une de nos professeures. Qui seront les derniers auteurs invités dans l’émission ? Et qui fera vendre nos livres si elle arrête d’en parler ou si sa chaîne est un échec ? » Réponse dans quelques mois…

Pour finir, si vous ne savez pas quoi lire en ce moment, voici le dernier élu du Oprah Book Club. Bonne année à tous !

Le saviez-vous ?

27 Déc

Pour fêter la fin de mes cours (mais pas celle du blog !), voici une petite compilation subjective d’ infos et remarques glanées ça et là pendant ce semestre américain.

  • Les fans de Facebook sont plus fidèles que les followers de Twitter. Si vous postez un lien vers un article sur vos deux profils, les lecteurs venus de Facebook resteront en moyenne une minute de plus. (Sheryl Tucker)
  • Aux États-Unis, on peut être Président, voir son parti perdre les élections de mi-mandat, être en tête des ventes avec un livre pour enfants et rester cool en même temps.
  • Les étudiants américains hochent la tête quand une prof nous dit qu’ « Amazon a fait beaucoup de mal à l’édition« . Mais ils y achètent quand même leurs livres « parce que c’est moins cher« . Les professionnels aussi : la plupart avouent ne plus vouloir payer 26$ pour un livre, même si c’est une nouveauté. Comme ça, c’est clair : on est sûr d’aller dans le mur.
  • « N’importe quelle adaptation cinématographique d’un ouvrage est bon pour celui-ci. Même si le film est une catastrophe, ça fera toujours vendre des milliers de livres« . On appelle ça le « Hollywood Effect« . (Sarah Crichton)
  • Les citations et autres extraits de critiques au dos des livres sont très souvent écrits par les éditeurs eux-mêmes puis envoyés à la personne à qui ils veulent l’attribuer pour validation. Ces personnes -des auteurs la plupart du temps- sont des amis ou contacts de l’éditeur. Ils se rendent des services, quitte à mentir. Personne n’est au courant de toutes les façons.
  • « Avant de publier quoi que ce soit sur Internet, relisez-vous : un tiers des mots que vous avez utilisés peuvent être retirer. Privilégiez les courts paragraphes : les gens veulent du court et du concis sur le net. » (Alexis Mersel)
  • Ils le disent tous : rejoignez Twitter. Certains conseillent aussi de créer un site internet à son nom « même si ce n’est que pour y mettre votre cv. Ne laissez pas les autres dire qui vous êtes sur Internet, dites-le vous-même. » (Margaret Roach)
  • La question du moment : comment évaluer la quantité à imprimer pour chaque livre quand on a aucune idée de ce que ce seront les ventes de livres numériques ?
  • « Oubliez tous les livres liés à une fête particulière (St Valentin, Pâques, St Patrick’s Day) : ça ne marche pas ! Seul Halloween permet de vendre quelques livres pour enfants. » (Christine, ex de Barnes & Noble)
  • Parmi tous les pays émergents où l’édition se développe, Random House investit d’abord au Brésil et en Inde. Markus Dohle, le PDG, aimerait aussi avoir un bureau à Pékin mais il se plaint des difficultés économiques et politiques qu’impose la Chine. Hachette l’a fait pourtant.
  • Dans les maisons d’éditions américaines, les tâches sont beaucoup plus divisées qu’en France et il y a un métier pour tout – ce qui limite les responsabilités de chacun. Par exemple, le managing éditor est uniquement chargé du planning et du respect de celui-ci. Son rôle est de s’assurer que tout le monde rend sa part du travail au bon moment et le faire passer à l’étape suivante.
  • Un marché à surveiller ? Celui des livres auto-publiés. Alors que les plateformes se multiplient, les éditeurs vont de plus en plus y chercher leurs futurs auteurs.
  • Si la littérature étrangère a meilleure image aux Etats-Unis depuis le succès de la trilogie de Stieg Larsson, ce n’est pas non plus un engouement. Pour l’instant, tout le monde cherche le prochain Larsson. Chez Random House, on mise sur Joe Nesbo dont le dernier roman The Snowman sortira à l’été 2011. Toute l’artillerie est en marche pour s’assurer que le livre atteindra les listes des meilleures ventes. Sorti en France cette année, le livre n’a pas eu le succès escompté.
  • Et pour finir, ma préférée : « Quelque soit le support sur lequel vous écrivez -livre, blog, site internet, magazine- il s’agit toujours de vendre votre contenu. Demandez-vous toujours comment attirer vos lecteurs et comment les garder. Chaque mot que vous écrivez doit toujours vous permettre de vous vendre« . (Alexis Mersel)

USA : librairies en chantier

20 Déc

Alors que les ventes en librairies continuent de chuter et la part de marché d’Amazon d’augmenter, comment les librairies et les chaines réagissent-elles à la fuite de leurs revenus ? Comment les éditeurs s’adaptent-ils à ces changements ?

Réaménagement de l’espace
Ces derniers temps, les professionnels de l’édition américaine se désolent de l’augmentation de l’espace vide dans les chaines de librairies. « Dans tous les magasins, des étagères et des tables dédiées aux livres ont été supprimées ces derniers mois, nous explique notre professeure de Books Merchandising and Sales. Si cela permet de déambuler plus facilement dans les rayons, c’est beaucoup moins attractif pour le client qui a l’impression d’avoir moins de choix  » . Les cafés par contre ont vu leur surface s’agrandir, mais il est désormais interdit d’y apporter un livre pris dans les rayons s’il n’a pas déjà été acheté : « Les chaines ne peuvent plus se permettre de payer pour les ouvrages rendus invendables après avoir été tachés par les clients qui mangeaient en lisant« , continue-t-elle. Une autre tradition qui s’évanouit et qui risque de frustrer les consommateurs… En échange, plus de fauteuils ont été installés à la place des étagères de livres.
Cette réorganisation profite aux liseuses numériques : Barnes & Noble consacre de plus en plus de place à la présentation du Nook, du récent Nook color et de tous leurs accessoires. Souvent situés à droite de l’entrée -là où le trafic est le plus important, selon de nombreuses études- ces espaces ne sont pas sans rappeler les Apple stores.

Moins de livres, plus de jouets
Si la place réservée aux livres se réduit, quels sont les ouvrages privilégiés ? Les romans sont toujours présents dans les vitrines et à l’entrée, mais la priorité est donnée aux livres de cuisine et de jeunesse, les deux secteurs qui restent très dynamiques. Ce dernier est toujours au cœur d’un grand débat après l’article du New York Times dont je vous avais parlé qui clamait la mort du livre illustré pour la jeunesse : « Au contraire, nous explique Becky Green de Random House, c’est le marché le plus stable ! C’est pourquoi les chaînes de librairies veulent devenir des magasins entièrement dédiés aux enfants en offrant toutes sortes de produits qui leurs sont dédiés : jouets, bonbons, déguisements, vêtements… » Ces produits sont en effet de plus en plus présents, et à des endroits stratégiques. Même les indépendants s’y mettent : la librairie Strand, qui proposait déjà de nombreux produits dérivés dont ses célèbres sacs, avait fait parler d’elle en mettant en vente des bonbons vintage le long des caisses. « Les librairies ont besoin de vendre des produits où leur marge est plus grande  » , rappelle notre professeure qui s’inquiète de la capacité des livres à combattre cette nouvelle compétition au sein même des magasins qui leurs étaient dédiés.

Où et comment promouvoir les livres ?
L’enjeu qui est désormais le sien est de réussir à assurer la promotion de ses livres dans cette nouvelle configuration. En effet, aux Etats-Unis, les éditeurs payent pour que leurs ouvrages soient mis en valeur par les librairies -sur les tables à l’entrée, sur une étagère dédiée dans les rayons ou même sur la newsletter du magasin, par exemple. Cela permet à leurs ouvrages d’être plus visibles que ceux de la concurrence et donc d’augmenter les chances d’achat. « La plupart des achats de livres sont des achats d’impulsion : les gens flânent en librairies, tombent sur tel livre et décident de l’acheter. Comment vendre nos livres s’ils ne sont pas visibles en magasins ? » s’interroge-t-elle. La première réaction des éditeurs a bien sûr été de se tourner vers les sites de ventes en ligne, en louant des espaces publicitaires ou en s’assurant que leurs livres soient recommandés aux lecteurs lorsqu’ils achètent des ouvrages voisins. Cependant, même ces espaces ne sont plus exclusivement réservés aux livres et elle se désole de voir des pubs pour les brosses à dents sur Amazon.com. Pour Pablo Defendini, Internet offre de nouvelles opportunités aux éditeurs et produit une alternative à la flânerie en librairies : « Aujourd’hui dès qu’un livre est mentionné sur internet, l’auteur ajoute un lien vers un site commercant : il est ainsi très facile d’acheter l’ouvrage. Internet permet plus d’impulsion et attire des gens qui n’iraient pas en librairies. » La priorité des directeurs commerciaux et marketing est donc de multiplier la présence de leur maison sur Internet afin d’y créer un espace et une experience équivalents à ceux de la librairie.

Auteur : Tweet ou meurs.

4 Déc

Imaginons que vous soyez Américain et que vous vouliez publier un roman ou un essai. Vous allez voir un agent pour lui demander son avis sur votre travail en espérant qu’il acceptera de vous représenter. Mais avant de vous écouter et de vous lire, savez-vous ce qu’il voudra savoir ? Le nombre de followers que vous avez sur Twitter.

L’importance de la plateforme
La présence sur Twitter fait partie de ce que les éditeurs appellent la plateforme d’un auteur. Devenue fondamentale, la plateforme est à la fois le réseau de l’auteur et la sphère dans laquelle il s’exprime. C’est l’outil et l’indice de sa notoriété. Pour se faire connaître et être suivi, écouté, lu, recommandé, un auteur a plusieurs moyens dont les principaux sont: un site internet à son nom, les publications dans lesquelles il écrit, les émissions où il intervient, son compte Facebook et bien sur Twitter. L’évaluation de la puissance de cette plateforme est un des facteurs d’acquisition des ouvrages: si un auteur n’a pas de plateforme suffisante pour être utilisée pour la publicité de son ouvrage, il a moins de chance de signer un contrat. Avant de soumettre un ouvrage, constituez-vous un réseau. Peut-être devriez-vous même vous y mettre avant d’écrire…

Comment les éditeurs l’utilisent
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Tout d’abord, l’augmentation constante du nombre d’ouvrages publiés par an, et donc de nouveaux auteurs, rend leur distinction de plus en plus difficile. Comment faire en sorte que son auteur soit repéré, comment prouver qu’il fait autorité sur le sujet qu’il aborde quand des dizaines d’ouvrages sur le même sujet sont publiés chaque année ? A cela s’ajoute la démocratisation de l’accès à la publication rendue possible avec l’auto-publication: chacun peut très facilement publier un ouvrage, le promouvoir sur Twitter et le vendre sur Amazon. Alors, comment faire la différence entre Monsieur Tout le Monde et Monsieur Spécialiste ? En s’assurant que ce dernier est déjà (re)connu. Cela facilite aussi le travail des attachés de presse, qui, surchargés de travail, se reposent de plus en plus sur l’auteur pour faire la promo de son livre. Il faut qu’il ait des relations, des idées et des moyens de les réaliser et d’atteindre ses lecteurs. Il est souvent demandé à l’auteur de créer un profil spécifique à son livre ou à un de ses personnages et de l’alimenter lui-même. Mais l’auteur doit avoir autre chose à offrir. Brenda Copeland admet qu’elle a déjà renoncé à publier un roman car l’auteur « ne savait pas se vendre, n’avait pas de réseaux et pas de moyen d’en créer un ». Cette plateforme est si importante qu’il n’est pas rare que le nombre de followers de l’auteur sur Twitter soit inscrit sur tous les documents commerciaux, comme les argumentaires destinés aux libraires.

Les règles de vie des auteurs sur Twiter
Mais encore faut-il bien se servir de ces réseaux sociaux. Sur internet, vous trouverez de nombreux conseils ainsi que des listes d’auteurs clefs à suivre. Car la première façon de se construire un réseau est de suivre les bonnes personnes. Julie Klam, auteur de deux ouvrages dont le second, You Had me at Hoof, est devenu un New York Times Best Seller nous explique quelle a été sa stratégie: « J’avais déjà écrit une première autobiographie, mais je voulais écrire un ouvrage sur mon chien [les dogs books sont une tendance très surprenante et très forte aux USA dont je vous parlerai bientôt]. Sur les conseils de mon éditeur, j’ai commencé par suivre sur Twitter les gens qui avaient écrits des livres sur des chiens. Je les ai fait parler d’eux. Peu à peu, j’ai parlé de mon projet. Ainsi, avant même la sortie du livre, j’étais reconnue comme une dog person. » Ensuite, il s’agit d’utiliser Twitter pour faire la publicité de son ouvrage et atteindre ses lecteurs. Comme Brenda Copeland, elle insiste: « Le plus important sur Twitter est de ne pas attendre d’avoir besoin des gens pour leur parler. Il faut savoir écouter aussi ». C’est aussi l’avis de Jason Pinter, auteur et agent, qui a récemment publié sur son blog les  Dix Commandements de l’utilisation des réseaux sociaux par les auteurs qui a été accueilli par une approbation massive.
Essaye-t-il de convaincre les derniers réticents en fermant son article sur la dimension jouissive des réseaux sociaux ? Tout ceci est amusant, selon lui. Pourtant c’est aussi un travail, et pour lequel l’auteur n’est pas rémunéré. Mais comme nous avait dit Ruth Liebmann:  « Tout le monde doit être sur Twitter : les auteurs, mais aussi les éditeurs pour savoir ce qui se passe, de quoi parle les gens et repérer leurs futurs auteurs ». Oui, parce qu’il y a aussi des livres fait uniquement a partir de tweets. Et de conclure : « On ne vous demande pas de passer votre vie sur Twitter, mais ce n’est pas parce que vous ne voulez pas vous mariez avec que vous ne pouvez pas aller dans son lit ».

Revue de presse #3

21 Nov

La semaine dernière, les deux livres les plus importants de l’automne ont été mis en vente le même jour. Très différents, ils promettaient d’attirer une foule importante dans les librairies.

The Diary of A Wimpy Kid: The Ugly Truth est un livre Abrams -la maison où je travaille actuellement au service des droits étrangers. Ecrit par Jeff Kinney, il s’agit du cinquième volume d’une série qui rencontre un succès phénoménal et s’est classée en tête des ventes du New York Times, avant d’être adaptée au cinéma. Si l’auteur explique sur CNN qu’il a écrit le premier volume pour les adultes, il a été publié dans une collection jeunesse et la promotion dirigée vers les jeunes garçons : résultat, ce livre a réussi a touché un large public, s’érigeant en exemple  des « crossover books ». Les équipes d’Abrams étaient sur le pied de guerre depuis des mois. Ces dernières semaines, les réunions marketing se succédaient pour préparer l’arrivée du livre le plus important de l’année : une tournée a été organisée avec un bus peint aux couleurs de la couverture, des façades de librairies ont été spécialement redécorées et des centaines de copies d’avance avaient été distribuées pour créer le buzz. Outre la location d’un écran à Times Square, Greg, le héros de l’ouvrage, aura aussi son ballon lors du fameux défilé de Thanksgiving, organisé par Macy’s. Vingt personnes d’Abrams -dont Michael Jacobs, le Président- tiendront le ballon le long du défilé ! Imprimé à 5 millions d’exemplaires, le livre s’est immédiatement installé en tête des ventes, et dans les bureaux, le violet était de sortie ! Il faut dire que cette seule série rapporte beaucoup à la maison et permet d’en financer d’autres projets plus risqués… Traduit dans plus de vingt langues, Le Journal d’un Dégonflé est publié en France par le Seuil (qui, comme Abrams, fait partie du groupe La Martinière) mais n’a pas rencontré un succès comparable.

Dans un tout autre genre, les libraires ont aussi accueilli Decision Points de George W. Bush. Une de nos intervenantes de Random House nous a confié que les ventes du premier jour étaient exactement égales à la moitié des ventes du livre de Bill Clinton, conformément aux prévisions de la maison. Entré directement à la première place des meilleures ventes de non fiction, Decision Points s’est vendu, en une semaine, à 775 000 exemplaires (EBooks inclus) et une première réimpression vient d’être lancée. Après avoir feuilleter l’ouvrage (et lu quelques magnifiques passages sur les méchants terroristes, les enfants aux visages innocents et son rapport à l’alcool), je retiens surtout le génie marketing de la jaquette qui présente les deux Bush que l’Amérique aime : Bush-Président marchant devant la Maison Blanche, dossier sous le bras et regard énigmatique, sur la couverture et Bush-sympa-le gars-du-Texas nous accueillant chez lui en tenu de cowboy, une tasse de thé à la main, souriant, au dos du livre. En France, c’est Plon qui a acheté les droits et si la photo de couverture est plus sobre, la présence du chien du Président fait quand même sourire.

Autre nouvelle importante de ces derniers jours : le New York Times a annoncé qu’il publierait les listes des meilleures ventes d’Ebooks pour la fiction et la non fiction. Jusqu’à présent, les listes publiées dans les pages du journal ne prenaient pas en compte les ventes de livres numériques qui peuvent pourtant constituer jusqu’à 40% des ventes. Petite info en passant, ce sont les livres à l’eau de rose qui se vendent le mieux en numérique, ce sur quoi personne n’aurait parié. Toute la profession a donc accueilli cette nouvelle avec soulagement. Bien qu’ils n’incluent pas toutes les librairies du pays, les classements du New York Times font toujours référence et sont très suivis par les lecteurs (les consommateurs, pardon).

Ces deux livres sont le bras, je rentre chez moi à Brooklyn, l’endroit où il fait bon faire de l’édition apparemment : le New York Times a consacré un article aux agent littéraires qui fuient les loyers trop chers de Manhattan pour se retrouver de l’autre côté du pont. Comme Saint-Germain-des-Prés en son temps, Chelsea se vide peu à peu sa vie littéraire qui se reconstitue un nouveau centre à Brooklyn où sont déjà installés des maisons, librairies et auteurs célèbres. Il n’y a pas de quoi se plaindre : la vue est quand même bien plus belle d’ici.

Deux nouveaux cours

16 Nov

Comment ? Je ne vous ai pas encore parlé de mes deux nouveaux cours ? Mille excuses, mais le temps passe et voilà que je ne tiens pas mes engagements.

Laissez-moi vous présenter Sheryl Hilliard Tucker, qui est en charge d’ Introduction to Magazine Publishing. Ce cours obligatoire en première année donne aux élèves une vision globale de l’industrie du magazine. NYU offre en effet des spécialités en édition de livres comme de magazines. Lors du premier cours, Sheryl Hilliard Tucker ne se livre pas au traditionnel résumé de son parcours : elle préfère qu’on lui pose des questions. Entre celles idiotes de certaines étudiantes (« Quel est le plus beau livre que vous ayiez jamais lu ? Et le pire ? », « Quel est votre magazine préféré ? »), on apprend quand même qu’elle est titulaire d’un diplôme en journalisme de Colombia, qu’elle a été Vice-Présidente de Black Enterprise, puis qu’elle est notamment passée par Money et Health Magazine avant de devenir Executive Editor chez Time, Inc ou elle gérait plus de 150 magazines à travers le monde. Maintenant, ce qu’elle préfère de son métier, c’est qu’elle ne travaille plus : elle réfléchit à son avenir. Elle parle de sa passion pour les magazines, de sa crainte pour l’avenir, d’Oprah Winfrey (encore !), de Cosmo -magazine qui a le plus d’éditions dans le monde et dont l’équipe éditoriale est la plus sérieuse qui existe selon elle (« Vous pouvez être surs que chaque info donnée a été vérifiée maintes et maintes fois et que les témoignages sont tous vrais ». Je suis sure qu’il n’y a pas que moi que cela va surprendre !)
Pour la fin du semestre, nous sommes chargés d’inventer un magazine par groupe de quatre.  Mon groupe présentera une version américaine de Books, brillant magazine que je vous invite à feuilleter et qui, tel un Courrier International pour les livres, est une compilation des meilleurs articles parus dans le monde sur les livres qui permettent de comprendre le monde. Rien que ça. Dès les premières réunions, les débats sont rudes sur la dimension « intello » du magazine qui fait peur à deux de mes camarades. Une des membres du groupe propose d’adapter Books au marché américain en en faisant un « life style magazine for book lovers »… ça promet d’être intéressant !

Alexis Mersel est une femme en fait. Elle aussi vient du monde du magazine, mais en ligne, et nous enseigne Web Editing and Writing. Elle plaisante en nous présentant les compagnies pour lesquelles elle a travaillé : elles ont toutes fermées. « Ce n’est pas ma faute ! », jure-t-elle. Actuellement VP Editorial Director, Digital chez Scripps Networks International, elle a surtout travaillé pour des magazines de mode et de cuisine. Elle a aussi été la conseillère média de la célèbre Martha Stewart, la Winfrey de la cuisine.
Ce cours doit nous apprendre à écrire pour le web et à mettre en valeur notre contenu. Comment écrire un titre ? Où placer ses liens ? Que dire dans le chapo ? Comment faire venir les lecteurs et comment s’assurer qu’ils restent sur notre site ? Tout est une question de formulation et de marketing : il faut vendre son contenu comme on vend n’importe quoi d’autre. Ainsi, elle privilégie les formulations simples et rapides à lire, et qu’importe si on se répète (« N’hésitez pas à réutiliser des titres qui ont bien marché : sur le web, personne ne se souviendra de vos répétitions ! »). Par exemple, voici une formule magique –mais dont il ne faut pas abuser : chiffre+ adjectif+ nom. Ce qui donne “15 wonderful cocktails recipes”, “100 great trips”. Attention, il faut bien choisir le chiffre: “Une maman pressée ne veut pas 150 recettes à faire à la dernière minute, elle en veut 2. Par contre, pour Thanksgiving, elle veut avoir le choix alors là, vous lui en offrez le plus possible ! ». Du coup, on repart tous avec notre exemplaire de Food Network Magazine qui titre « 122 recettes pour les fêtes ! ». Il ne me reste plus qu’à les essayer avant mon retour en France, prévu dans 62 jours…